Le débat sur l'Identité nationale est l'occasion de revenir sur les fondements historiques de cette identité et de montrer que l'identité française est surtout l'héritage de valeurs humanistes. Comme je l'ai écrit sur mon article du Bondy Blog,( http://yahoo.bondyblog.fr/news/200911100001/identite-nationale-l-heritage-de-valeurs-humanistes) pour démontrer l'ancienneté et l'authenticité du sentiment national français, il faut sans doute remonter le fil de temps et retracer toute l’histoire depuis Vercingétorix jusqu’au général de Gaulle en passant par Jeanne D’Arc. Ayant beaucoup travaillé sur le sujet durant mes études d'hitoire , j'ai décidé, pour compléter cet article, de prendre mon temps et d'entamer un long voyage dans le passé avec vous. Je vais donc poster une longue série d'articles sur le sujet. Voici la troisième partie ....Voir aussi Les fondements historiques de l'Identité nationale : Introduction ; PARTIE I : Les prémices de la nation ;II- 1ER phase de l’assimilation nationale :l’Etat monarchique consolide la nation et III- 2ièmé phase de l’assimilation nationale :le triomphe de la démocratie républicaine
Entre 1945 et 1969, De Gaulle, en célébrant un passé glorieux et en s’appuyant plus que jamais sur un Etat fort fondé sur un modèle social égalitaire, porte peut-être à son apogée le travail d’unification de la nation. Mais avant l’âge d’or des trente glorieuses, l’histoire de France est marquée par la rupture que constitue la seconde guerre mondiale et l’instauration du régime de Vichy.
A)LA RUPTURE VICHYSTE
Si durant la guerre de 1914 l’union sacrée avait été le facteur décisif de la victoire, de 1939 à juillet 1940, la France, qui s’imaginait puissante, est terrassée et succombe à une « étrange défaite » dont elle ressort profondément divisée. Tandis que le Maréchal Pétain qui a signé l’armistice tente d’imposer une « révolution nationale », la France occupée est partagée entre résistance et collaboration.
a)la révolution nationale
« Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur » proclame le 17 juin 1940 le maréchal Pétain, nouveau président du Conseil, qui vient de demander à l'Allemagne nazie les conditions d'un armistice. Dans son message aux Français du 25 juin 1940, le jour même de l'armistice, il annonce une « Révolution nationale ». Il invite le peuple à « un redressement intellectuel et moral » qui est, en fait, en quelque sorte, une contre-révolution française. En effet, il faut oublier la devise républicaine, « Liberté, Egalité, Fraternité », et la remplacer par le triptyque de l’Etat français : « Travail, Famille, Patrie ». La Marseillaise est également bannie. En lieu et place, on fait chanter dans les écoles : Maréchal, nous voilà. Plus non plus de 14 juillet, mais célébration de Jeanne d’Arc et institution de la Fête des Mères. Plus de bonnet phrygien, mais la francisque, devenue emblème du régime. Les fondements idéologiques de cette « Révolution nationale » sont précisés dans le discours du 11 octobre 1940 : « Le régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l’idée fausse de l’égalité naturelle des hommes, mais sur l’idée nécessaire de l’égalité des « chances » données à tous les Français de prouver leur aptitude à « servir ». » Le nouveau régime refuse donc le principe égalitaire, proclamé par la Révolution et oppose au nationalisme républicain ouvert, un nationalisme fermé. En fait, La Révolution nationale a été une tentative, à l’occasion de la défaite, de revenir sur les choix que la nation avait faits avec la Révolution française .Il s’agissait de retrouver la « tradition » en l’adaptant au circonstances du XXe siècle, en s’inspirant de Salazar, de Franco ou de Mussolini et en niant le cours majeur de l’histoire nationale, la spécificité de la France. Devenue journal quotidien en 1908, l’Action Française de Maurras mène campagne pour la restauration d’une monarchie héréditaire, traditionnelle, antiparlementaire et décentralisée. La violence nationaliste et raciste des maurassiens est telle que l’Action Française est condamné par le Saint-Siège en 1926, avant même le Fascisme. l’Action Française, principal source d’inspiration du maréchal Pétain n’a cessé de collaborer avec les mouvements fascistes et a aidé à la création du régime de Vichy, allant jusqu’à tremper dans la politique antisémite engagé en octobre 1940.
Le 24 octobre 1940, à Montoir, Pétain a, en effet, serré la main d’Hitler et déclaré : « j’entre aujourd’hui dans la collaboration. » On promulgue, à partir d’Octobre
1940, des lois antisémites, sans même que les Allemands l’aient demandé. Une grande partie des 75 000 Juifs déportés vers les camps de la mort le furent avec la participation de la
police du gouvernement de Vichy. Une partie des 225 000 Juifs qui échappèrent à la déportation bénéficièrent, néanmoins, du silence, de la complicité ou de l'aide active d'un très
grand nombre de Français qui sont restés pour la plupart anonymes. La chasse aux communistes, entamée sous le gouvernement Daladier, était aussi une priorité du régime de Vichy. Elle est une constante de la politique collaborationniste,
d'octobre
1940 à la Libération. Au début de la guerre, les Français soutiennent Pétain car il est toujours considéré comme le vainqueur de Verdun.
Mais, peu à peu, le régime de vichy va profondément diviser les Français. La période 1940-1944 voit s'affronter certains Français les uns contre les autres.
b) la France divisée : collaboration et résistance
Ainsi, la défaite, qui a aggravé les divisions et la fragmentation politique du pays, fait coexister plusieurs Frances durant les années de l’occupation. Il ya la zone occupée, de la frontière des Pyrénées à Chambéry en passant par Moulins. Il y a la « zone libre », l’Etat français dont la capitale est Vichy. L’Allemand puise dans les caisses : chaque jour, la France lui paie une indemnité suffisante pour nourrir dix millions d’hommes. Il achète avec cet argent les récoltes, les usines, les tableaux. Les Français qui avaient espéré le retour rapide à l’avant –guerre, le rapatriement des prisonniers, le départ des occupants, s’enfoncent dans l’amertume. Le rationnement, la misère et l’humiliation ne prédisposent pas à l’héroïsme. La défaite et l’occupation, ce sont donc aussi l’érosion des valeurs morales et républicaines, des ambiguïtés, des excuses à la lâcheté, aux malversations, au marché noir. Le pays semble corrompu.
Mais il ya aussi la France libre de Charles de Gaulle, qui de Londres clame « la flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. » Cette France,
qui, à partir de juillet 1942 s’intitulera France combattante, a commencé à rassembler autour d’elle la France de la résistance intérieure. De nombreux mouvements clandestins se sont,
en effet, constitués. Dans le même temps où la droite nostalgique des valeurs terriennes, du trône et de la religion se déconsidérait avec un régime qui prenait l’exact contre-pied des
droits de l’homme, des français veulent exprimer et incarner les vertus propres à l’âme de la France. Avec Vichy comme repoussoir, la lutte commune contre le nazisme et pour la liberté et le
progrès renouait avec l’élan de 1789 ; elle forma le creuset retrouvée de la nation.
Les résistants ont su, en effet, dépasser leurs divisions et leurs divergences. Tout d’abord selon la formule célèbre d’Aragon la Résistance unissait dans le même combat, « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas. » En outre, il faut souligner l’engagement antinazi et patriotique des immigrés de France. Les vingt-deux résistants communistes du groupe Manouchian fusillés par un peloton de la Wehrmacht au Mont-Valérien le 21 février 1944, étaient arméniens, italiens, polonais d’origines, et souvent juifs. La propagande officielle en profita d’ailleurs pour présenter la Résistance comme une armée de terroristes composée d’étrangers et de juifs, ce qui était de la désinformation, mais aussi un contresens historique. En effet, sans eux, la France, aujourd’hui, serait-elle encore la France ? Enfin, la résistance, grâce à Jean Moulin « l’unificateur » réussit à fédérer tous les courants politiques, des communistes aux démocrates chrétiens. Dans le cadre général de cette nation réunifiée, se développait aussi une droite, respectueuse des droits de l’homme et soucieuse de la justice sociale : une droite Républicaine. Le conseil national de la Résistance rassemblait toutes ces tendances que l’on retrouva ensuite dans le gouvernement provisoire de la république.
Cette synthèse nationale est du au soutien des Français les plus courageux mais aussi à la singularité d’un homme d’Etat exceptionnel : De Gaulle, homme de tradition, mais ouverte, celle-ci, et unifiant toute la nation, ne la divisant pas.
B) L’ HERITAGE GAULIEN
De Gaulle incarne la France qui a soif de renouveau, d’une République sociale, mais aussi l’ordre, le sens de l’Etat, le patriotisme qui rassemble toutes les tendances françaises. Symbole de l’union sacrée, il a la volonté de restaurer L’Etat centralisé, issue de la monarchie absolue, mais aussi des Jacobins, opérant ainsi une synthèse entre la monarchie et la France révolutionnaire. Mais avant de renouer avec la grandeur de la France, il faut d’abord reconstruire le pays après la guerre. Pour cela, De gaulle, pour qui l’intérêt privé doit céder à l’intérêt général, s’appuie sur le programme économique et social du CNR qui donne bientôt naissance au modèle social français.
a) le modèle social français
En 1944 -1945, c’est encore l’union mais déjà des tensions se font sentir. Combien de temps ceux qui parlent au nom de la France, de Gaulle, les représentants des partis politiques et des mouvements de résistance resteront-ils unis ? Malgré l’euphorie de la libération, on peut craindre une subversion, voire en guerre civile, en tout cas une paralysie de l’Etat républicain soumis notamment au chantage communiste. De la résistance victorieuse passera-t-on à la révolution ? Dans ce contexte, la première bataille à conduire doit donc avoir pour but d’affirmer la continuité de la République et de l’Etat.
Dans cette France, dont l’histoire ne saurait être ternie, de sorte qu’on puisse continuer à l’aimer, l’Etat ne peut être affaibli. C’est pourquoi, de Gaulle déclare aux membres du CNR qui lui demandent de proclamer la République, le 26 août 1944 : « la république n’a jamais cessé d’être …Vichy fut toujours nul et non avenu. » Ainsi, si Vichy a été « nul et non avenu », sans légitimité, les lois qu’il a promulguées, les actes qu’il a exécutés, n’ont aucune valeur légale. Ils n’engagent en rien la France. La France n’a pas à faire repentance et ce sont les individus (Pétain, Laval) qui doivent répondre de leurs actes. Les lois antisémites, les rafles des 16 et 17 juillet 1942, ne peuvent donc être imputés à la nation. Il s’agit là d’une décision raisonnée qui permet de ne pas fissurer le socle sur lequel est bâtie la nation, qui doit beaucoup au regard que l’on porte sur son histoire. Une fois la continuité républicaine assurée, la deuxième urgence est de reconstruire le pays.
Pour cela de Gaulle fait appliquer rigoureusement le programme du Conseil National de la Résistance dont l’ambition est de défendre l’indépendance politique et économique de la nation et de rétablir la France dans sa puissance et dans sa mission universelle. Adopté dans la clandestinité le 15 mars1944, ce programme qui marque une volonté claire de redressement de la nation Française définissait tout une série de mesures économiques et sociales à mettre en œuvre sitôt le pays libéré. A travers ce programme, il ne s’agissait pas seulement de renouer avec la république, chose sur laquelle tout le monde s’accordait. L’enjeu était de rétablir cette république dans toutes ses ambitions sociales. Le général de Gaulle lui-même, s’adressant à l’assemblée consultative provisoire à Alger en novembre 1943 avait donné le ton : « la France veut que cesse un régime économique dans lequel les grandes sources de la richesse nationale échappaient à la nation, où les activités principales de la production et de la répartition se dérobaient à son contrôle. » Il s’agit d’instaurer un « ordre sociale plus juste ». Les partis politiques de droite et de centre-droit étaient réticents à l’égard de mesures économiques et sociales radicales. Mais le contexte exceptionnel (pays en ruine et décrédibilisassions du patronat compromis dans la collaboration) demandaient des réponses exceptionnelles, y compris la mise en place de politiques dirigistes. L’Etat ne peut plus désormais se contenter de ses fonctions régaliennes et laisser l’économie s’autoréguler elle-même. Garant, selon l’idéal républicain, de l’intérêt général, l’Etat doit être en première ligne pour mettre la mécanique économique au service de tous. Encore une fois, l’Etat joue donc un rôle majeur dans la (re)construction de la nation. Il s’agit d’instaurer « une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie. » [1] Un combat qui rappel celui de la monarchie et de la Révolution contre la noblesse. Les grands secteurs stratégiques de l’économie sont ainsi nationalisés et deviennent la propriété de l’Etat. Le programme édicte également des mesures sociales, à travers notamment « un plan complet de sécurité sociale » et « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours », qui témoignent de la volonté de la résistance de donner de véritables droits aux plus modestes. Il prévoit aussi la nécessité d’une politique d’immigration qui devient une priorité du plan de reconstruction à travers notamment la création d’un Office national de l’immigration. L’inclusion de l’immigration parmi les priorités politiques de l’Etat montrait bien que tous les courants issus de la Résistance, fort divers pourtant, adhéraient à la conception républicaine de la nation, conforme aux principes de 1789 : une communauté de citoyens, ouverte, et fondée sur l’adhésion à un projet collectif. Enfin, le programme affirme « la possibilité effective pour tous les enfants français de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée ». Les ordonnances de 1945 mettent ainsi en place un enseignement secondaire unifié et gratuit. Parallèlement, le 22 juin 1945, la fonction publique est réformée. Un nouveau statut lui est conféré et est créée l’école nationale d’administration. Le but est, associé aux nationalisations et à la mise en place de la sécurité sociale, d’établir un Etat véritablement au service de tous, par une fonction publique et des services publiques performants. Toutes ces mesures novatrices et audacieuses, qui furent à l’origine des nombreuses conquêtes sociales de la libération (dont beaucoup sont encore en vigueur aujourd’hui), constituent pour une grande part ce qu’on appelle désormais « le modèle social français ».
b) « Une certaine idée de la France »
Néanmoins, malgré l’application des mesures du CNR, l’union sacrée de la résistance ne dura pas. Les partis qui veulent de nouveau être maîtres du jeu, comme sous la IIIe république, font éclater l’union fragile des forces politiques. On peut donc prévoir que les maux de la IIIe République (instabilité gouvernementale, jeux des partis, méfiance à l’égard de la consultation directe des électeurs par référendum) paralyseront de nouveau le régime, le réduisant à l’impuissance alors que la crise dans l’empire colonial s’annonce déjà. De Gaulle, tire la conséquence de cet état de fait et démissionne le 20 janvier 1946 en demandant aux partis d’assurer leurs responsabilités. Dès le 16 juin 1946, le général se présente comme le « recours » contre la trop prévisible impotence de la IVe république qui commence. Mais de Gaulle n’est rappelée au pouvoir qu’en 1958 pour résoudre la tragédie algérienne. Les hommes politiques acceptent de Gaulle pour régler le problème précis de l’Algérie. Mais, lui, est porté par une ambition nationale de grande ampleur. Durant plus de dix ans, de juin 1958 à avril 1969, il va s’attacher, d’une part à restaurer l’autorité de l’Etat, d’autre part, à renouer avec la grandeur de la France.
Avec
la constitution de 1958, il fonde une nouvelle république et met fin au régime des partis. La constitution répond au souci de donner au gouvernement, dans ses rapports avec le parlement, la
possibilité d’agir dans la durée. Mais le général de Gaulle voulait que la légitimité du président de la République lui confère une position telle, au sein des institutions, qu’il puisse être
l’arbitre du bon fonctionnement des pouvoirs publics. L’achèvement logique de l’édifice de la Ve république se produit donc logiquement en 1962, lorsque de Gaulle fait admettre par référendum
l’élection du président de la République au suffrage universel. Le candidat à la présidence de la République doit se situer au-dessus des partis : « Je suis pour la
France », dit-il. « La France, c’est tout à la fois, c’est tous les français. Ce n’est pas la droite, la France. Ce n’est pas la gauche, la France » « Prétendre représenter
la France au nom d’une fraction c’est une erreur nationale impardonnable. »[2]
L’élection présidentielle au suffrage universel direct est une sorte de sacre démocratique et laïque du président. Michel Debré, l’un des principaux rédacteurs de la constitution parle de
« monarchie républicaine ». Le président de la République apparaît comme un guide de la nation. Le verbe et le corps du monarque républicain deviennent ainsi des éléments importants du
fonctionnement politique. Les voyages nombreux dans tous les départements, les contacts lors des « bains de foule » participent de cette recherche d’une communication directe avec le
peuple, presque d’une communion, qui rappelle les rois Capétiens.
Fort de sa légitimité populaire de Gaulle, dans tout les domaines, pousse la nation en avant puisque, pour lui, « la France ne peut être la France sans la grandeur ». C’est en politique extérieure que cette ambition apparaît le plus nettement. Cela se traduit par l’affirmation de l’indépendance et de la souveraineté nationale. L’acte décisif qui change la place de la France sur l’échiquier international est accompli le 7 mars 1966, quand de Gaulle quitte le commandement intégré de l’OTAN et exige le départ des troupes de l’OTAN qui séjournent en France, et le démantèlement de leurs bases. La France vient d’affirmer avec force sa souveraineté. Elle retrouve selon de Gaulle, « le fil de la grande histoire ». Preuve de son autonomie diplomatique au-dessus des blocs : il se rend à Phnom Penh, et, dans un grand discours, invite les Etats-Unis à mettre fin à leur intervention militaire au Viêt Nam. L’ouverture des Mémoires de guerre résume parfaitement la philosophie Gaullienne : « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France…Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle une princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J’ai, d’instinct, l’impression que la providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires…. Le côté positif de mon esprit, me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans grandeur. » [3] Dans la lignée de Michelet, de Gaulle personnifie la France. Il veut se battre pour « une certaine idée de la France », de son devenir, de sa place dans le monde. Il défend l’idée d’une mission, d’une vocation, d’une élection des nations, renouant ainsi avec le messianisme Français, de Saint Louis aux Lumières, de Jeanne d’Arc à Victor Hugo. De Gaulle réactivait la politique Capétienne qui a traversé les siècles, et incarnait à merveille l’idée d’une mission spéciale de la France, d’une France qui est grande ou qui n’est rien.
Aujourd’hui, quarante années plus tard, les directions choisies par de Gaulle sont encore visibles. Néanmoins, en ce début de XXIe siècle on s’interroge pour savoir s’il convient de les prolonger. En effet, on a récemment réintégré l’OTAN et on a réformé les institutions. En outre, le modèle sociale Français, imposé par le général de Gaulle, qui donnait toute leur consistance aux droits de l’homme proclamés en 1789, était particulièrement décrié avant la crise. « Les vingt piteuses » qui ont succédé, au milieu des années 70, aux « trente glorieuses », ont signé le déclenchement d’une contre-révolution libérale qui à peu à peu grignoté les acquis sociaux du programme du CNR. Mais plus que les mesures en elles-mêmes, c’est l’esprit républicain, patriotique et social du programme qui est attaqué. C’est le désir d’égalité, de fraternité qui est menacé. Dans ce contexte la France apparaît fragilisée pour répondre aux défis qui se présentent à elle.
[1] voire annexe programme du CNR
[2] Cité par GALLO M., L’âme de la France, une histoire de la Nation des origines à nos jours, paris, fayard, 2007
[3] GAULLE C., Mémoires de guerre, Paris, Plon, 1959
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Mais la brillante ascension sociale individuelle de certains immigrés témoigne
aussi des nombreuses possibilités qu’offre le modèle d’intégration français. Les immigrés qui ont réussi sont légion et ce pas seulement dans le football, mais dans tous les domaines. Dans le
domaine de l’art et du spectacle, on pense, par exemple, à Edith Piaf dont l’ascendance était en partie italienne et berbère. Dans le domaine de la science, Irène Joliot-Curie, prix Nobel
de chimie en 1934, était la fille de Marie Curie-Sklodowski, née à Varsovie et elle-même deux fois Nobel en 1903 et 1911. En fait, d’une manière générale, il n’est pas d’activités où
l’immigration ne soit représentée. La politique elle-même, et au plus haut niveau, a joué son rôle d’intégration. Le Maréchal de MacMahon, président de la république entre 1873 et 1879 était
d’ascendance irlandaise tandis que Nicolas Sarkozy est d’origine hongroise. Enfin, plusieurs 1er ministres sont venus de près ou de loin de l’immigration comme Léon Gambetta
(1881-1882) ou Pierre Bérégovoy (1992-1993).
Comme la langue, la guerre de Cent Ans (1337-1453) contribue à la coagulation nationale. Ainsi ce n’est pas un hasard si, le succès remporté par Philippe Auguste à Bouvines en
1214 sur une coalition anglo-impériale est déjà présenté comme une « première victoire nationale dont la France entière ressentit la joie »
Versailles devient ainsi un véritable « laboratoire de l’assimilation nationale »
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